Pour notre saison 2025-2026, trois auditions ont été programmées :
- Samedi 7 février 2026, salle Collet, Conservatoire Jean-Philippe Rameau, Paris 6e
- Jeudi 2 avril 2026, salle des fêtes, Mairie du 6e arrondissement de Paris
- Vendredi 26 juin 2026, Auditorium Saint-Germain, Maison des pratiques artistiques amateurs (MPAA) Paris 6e
Salle des fêtes de la mairie du 6e arrondissement, en présence d’un nombreux public auquel s’est mêlé Olivier Passelecq, adjoint à la culture, aujourd’hui conseiller spécial auprès de Jean-Pierre Lecoq, maire nouvellement réélu, de belles surprises ont émaillé notre nouveau concert. Et aussi, une confirmation du réel talent — exprimé le 7 février dernier dans le cadre du Conservatoire Rameau — de Charlotte (12 ans), pianiste et chanteuse. Puisant une nouvelle fois dans les chansons d’Yseult, Charlotte a incarné avec sa sensibilité Indélébile, puis Corps, soutenue par Chiharu Lemarié, sa professeure de piano. Tant de fraîcheur, d’expressivité, d’aisance, ont subjugué.
(Clip accessible plus avant.)
Faire la connaissance de Paul, brillant pianiste, accompagnateur impliqué et très amical, a été une belle expérience. Comment ne pas l’avoir déjà rencontré, puisqu’il est engagé par le conservatoire !
Florian, élève de saxophone de haut niveau, soutenu par Paul, a présenté une transcription de l’allegro du Concerto pour hautbois en la mineur de Vivaldi. Le saxo a parfaitement bien remplacé le hautbois. Est-ce parce que l’un et l’autre sont des instruments à vent de la famille des bois ? (Oui, le saxophone possède une hanche en roseau.) Bien qu’a priori l’un et l’autre servent des univers musicaux différents, ils offrent la même agilité, la capacité de phraser à la façon d’une voix, s’expriment dans le médium sur deux registres expressifs très proches. Et le saxo apporte davantage de dynamique, un son plus charnu, ce fameux côté jazzy. Qualifié parfois de « caméléon orchestral », il est entré en parfaite accordance avec la musicalité, le rythme, l’énergie, le brillant incisif de l’œuvre du « prêtre roux » vénitien. Le piano de Paul a souligné la mise en exposition du soliste, la clarté de la structure harmonique, la scansion, le contre-discours plus direct qu’en formation de chambre. Leur duo a fonctionné à merveille. Par la double force motrice de l’adaptation et de l’exécution, nous avons beaucoup apprécié cet allegro proposé sous cet angle inattendu et moderne.
(Clip accessible plus avant.)
Le piano a été très bien représenté par de remarquables élèves. Citons déjà ceux de Gérard Pierrot : Boris et Cécile, dans deux préludes du Livre I de Claude Debussy liés à l’univers impressionniste. On sait que Debussy n’appréciait pas ce terme, bien qu’il fût en affinité avec le mouvement. N’enjoignait-il pas « aux musiciens d’aller voir le lever du Soleil plutôt que d’écouter la Symphonie pastorale, d’être attentifs aux conseils du vent qui passent, de se pénétrer des gammes de couleurs que jouent les saisons ? (Cf. Une histoire de la musique.) Par ses harmonisations il cherchait à traduire, sensations, instants fugaces, images. Ici, deux constructions fluides très organisées, issues d’une même permanence de transformation, d’une même recherche de la tension sous la couleur, semblent opposées, tant les impressions de lumières qu’elles évoquent les particularisent :
Le premier prélude : « …Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir », doit son titre à l’emprunt d’un vers d’Harmonie du soir extrait du recueil Les Fleurs du Mal (partie Spleen et idéal) de Charles Baudelaire :
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir,
— Valse mélancolique et langoureux vertige ! —
Debussy transpose par une savante richesse harmonique et de couleurs d’accords, la lumière crépusculaire, les parfums, la sensualité de l’air qui flotte et caresse, la sensation de volupté, la mélancolie douloureuse du poème.
Le prélude interprété par Cécile « …Bruyères » offre des harmonies simples et limpides, une musicalité plus chantante, plus tendre, l’évocation d’une respiration, d’une promenade sous un vent léger, dans un paysage au ciel clair, à l’horizon calme.
Il faut être pianistes accomplis comme Cécile et Boris pour traduire les subtilités d’atmosphère, la poétique contemplative, sans perdre le sens de l’architecture harmonique de cette musique qui suggère davantage qu’elle ne dépeint, se ressent plus qu’elle ne se comprend.
(Clip accessible plus avant.)
Dans un tout autre registre, Vincent et Nicolas (musicien invité), élèves aguerris de Claire Pradel, ont joué à quatre mains avec élégance chantante et lyrisme gracieux, la Danse hongroise n° 4 de Brahms dont les accents de musique tzigane stylisée la teintent d’un coloris nostalgique douloureux comme un regret. Astrid et Vincent, avec un enthousiasme communicatif, se sont appropriés la Danse hongroise n° 5, plus fougueuse, plus explosive, plus virtuose, aux rythmes syncopés, accélérant vers un tourbillon débridé. Ces danses aux séquences marquées et aux accents mineurs plaisent. Succès garanti.
(Clip accessible plus loin.)
De son côté, Kento, découvert le 7 février dernier, élève de Trompette de Michel Barré, s’est confronté à Sherzando and Walz, extrait de Solus. Souvent présentée en audition, cette incontournable composition du répertoire de l’instrument, écrite pour trompette solo en 1975, provoque un choc musical déroutant à qui la découvre. L’Américain Stanley Friedman l’a construite sur le geste instrumental, la respiration, la « physicalité » du son. On peut la qualifier de « gestuelle », car elle met en jeu le corps du trompettiste. Pour les spécialistes, elle est destinée à « être davantage jouée que simplement écoutée », à « être vue autant qu’entendue ». Solus est aussi un portrait psychologique de l’instrumentiste qui par « effet miroir » renvoie à la solitude dans laquelle il joue. C’est une anti-pièce qui parle de trompette autant que de solitude. Solus, ne signifie-t-il pas « seul, unique, isolé, délaissé, abandonné » ? Les analyses musicologiques et pédagogiques soulignent sa dimension théâtrale, sa structure en monologue, l’importance du silence. Elles suggèrent d’écouter ce morceau, conscient de la pensée musicale et du climat artistique de la période de sa création qui prônait la fin de la mélodie traditionnelle, l’importance du geste, l’interprétation comme performance, et de l’appréhender telle, et non en tant qu’œuvre musicale au sens classique. Ces indications sont autant de clés de compréhension qui nous guident sur le chemin d’une approche intime de ces sonorités, lesquelles peuvent alors s’avérer fascinantes au fil des écoutes. Kento en a saisi l’esprit et l’exécution. Il présentera, in extenso, Solus à l’examen d’entrée du Conservatoire à Rayonnement régional.
À l’écoute de musiques contemporaines, qualifiées aussi de modernes, parfois de recherche, notre cerveau cherche une mélodie, un rythme régulier, une progression, une direction émotionnelle claire. Tout ce que Friedman a refusé pour cet opus. Au contraire, sa partition associe phrases musicales interrompues, ruptures d’énergie, contrastes brusques, longs silences, qui traduisent un discours erratique, qui hésite, parfois bégaie. Le cerveau tente de se référer à ce qu’il connait, ne trouve pas sa logique, flotte. L’impression déroutante, dérangeante peut conduire au rejet avant que la fréquentation de Solus ne puisse l’emporter.
(Le clip de Kento accessible plus loin, permettra à votre jugement de s’affirmer.)
Au cours de ce début de soirée, nous avons pu apprécier les spectaculaires progrès de celles et ceux que nous avions déjà entendus : Véronique et François, Ekaterina en duo avec sa professeure Magdalena Popa dans le très bel Allegro pour deux flûtes (traversières) et piano de Mendelssohn ; le poignant Stabat Mater de Pergolèse chanté par Mika, Laurence et leur professeure Catherine Radlo ; les élèves de musique ancienne sous la direction de Michelle Tellier : Julie, Pascale, Kahoru, Virginie, Florence, Sophie, magistralement accompagnées par le clavecin de Iori ; Véronique et François à la flûte traversière ; les jolies voix des chanteuses et chanteurs : Stéphanie (professeur Pierre-François Lamiraud), Mari (professeure Catherine Radlo), Laure et Christian, épaulés par le piano sûr et attentif d’Alina Pavalache, leur professeure, dont nous venons de découvrir le travail.
Pour clore ces beaux moments musicaux (au sortir desquels une dame m’a confié n’avoir pas vu le temps passer ; ce qui pour elle représentait un fort joli compliment), Chiharu nous a offert un double feu d’artifice. D’abord un quintet de saxos formé de quelques-uns de ses élèves du Conservatoire Rameau (Ching-Cheng, Wei-Sin, Aoi), et de Florian, son élève chez Divertimento 6ème, rejoint par Alexandre, son fils, venu suppléer une absence de dernière minute. Un grand merci à lui. L’ensemble a d’abord splendidement fait sien Intermezzo, extrait de L’Arlésienne de Georges Bizet. En bouquet final, trois flûtes traversières tenues par Ekaterina, François et Magdalena se sont jointes au quintet pour s’élancer dans la joyeuse Farandole, tirée elle aussi de L’Arlésienne.
L’écriture de Bizet, comme celle de Vivaldi, se prête bien aux ensembles de vent. Ils semblent dotés de la remarquable faculté à réinventer les œuvres, tout en préservant leur substance et leur énergie. L’Arlésienne est une musique de scène très mélodique, aux couleurs très marquées. Remplacer les instruments de l’orchestre par des saxophones alto, ténor, baryton qui se font lyriques, brillants, souples, n’altère pas les coloris – change juste la palette. Quant aux flûtes, elles restituent la danse et sa légèreté, la brillance, la lumière de l’orchestre, l’éclat solaire de la Provence caractéristique de l’œuvre. Grâce à la transcription de Chiharu, flûtes et saxos reproduisent non seulement les couleurs chaleureuses et lumineuses de l’original mais les rendent encore plus vives. Merci pour cette belle idée et ces cadeaux !
(Clips accessibles plus avant)
Bravo à toutes et tous nos talents qui se sont produits. Merci pour ces différents univers musicaux que vous avez explorés, pour ces belles émotions que vous avez su transmettre. Soyez heureux de voir votre travail récompensé par le plaisir donné aux spectateurs venus vous applaudir !
Nos prochains rendez-vous :
Concert de fin d’année
Vendredi 26 juin 2026, 19 h 30, Auditorium Saint-Germain (MPAA), 4 rue Félibien 75006 Paris.
Captation vidéo (extraits)
© Rudi PASCAL pour Divertimento 6ème / avril 2026
(Clip 15) Ensemble saxophones et flûtes traversières
Captation image © avril 2026 Benjamin QUENELLE, son Rudi PASCAL
© Divertimento 6ème avril 2025












